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Force et Faiblesse
Combien de fois as-tu lu «Le Seigneur des anneaux»? Dans la présentation de Dr. John Bowen, baptisée « La Conception spirituelle du monde dans Le Seigneur des anneaux », les possibilités de réponse vont de « j’ai vu les films » à « je ne veux pas en savoir plus ».
Mais, en considérant la présentation de Bowen sur le métanarratif (c’est à dire sur l’histoire générale qui englobe Le Seigneur des anneaux) chacun pourrait considérer la trilogie sous un angle différent. Bowen a organisé sa présentation autours des questions de base de la conception du monde (questions qui ont été soulignées par Walsh et Middleton , qui est un habituel du groupe qui se rassemblait dans la salle à manger de direction). Il a traité ces questions en se référant à la Terre du Milieu de la trilogie de Tolkien et à son « Ancien Testament », soit le Silmarillion, qui offre l’histoire d’arrière plan du Seigneur des anneaux.
Voici les questions, avec leurs réponses :
Où sommes-nous?
Le Seigneur Des Anneaux se déroule dans la Terre du Milieu, qui fait elle-même partie d’un monde plus vaste, créé par Ilúvatar, l’être suprême, qui a agi soit à travers de bons Ainurs soit par le biais d’anges. Ilúvatar permet à Melkor, un des Ainurs, de se rebeller. Melkor rend le monde imparfait, mais toujours bon.
Qui sommes-nous?
Quiconque a lu Le Seigneur Des Anneaux ou vu les récents films peut facilement répondre à cette question : des elfes, des nains, des hommes et des hobbits. Ces peuples libres sont beaux mais capables du plus grand mal.
Quel est le problème?
On peut répondre rapidement « L’anneau » ou « Sauron », mais le problème est enraciné plus profondément. Sauron est lui-même serviteur d’un plus grand, une ancienne puissance du mal. La rébellion de Melkor contre Ilúvatar est le résultat de sa fierté; il veut être Ilúvatar. Lui et ses serviteurs, incluant Sauron, déversent le mal sur terre.
Le mal crée la division et la destruction, qu’on ne voit pas seulement dans la guerre, mais aussi dans la façon dont les orques se chamaillent entre eux.
La corruption causée par le mal peut se voir dans l’anneau. Ceux qui connaissent le pouvoir que l’anneau puisse produire autour d’eux, comme Galadriel et Gandalf, refusent de s’en servir.
Les autres sont soumis au pouvoir de l’anneau. Ils le désirent avidement, causant leur propre perte. Boromir et Gollum en sont des exemples évidents, et même Frodon a du mal à y renoncer. Bien que le mal soit très puissant, il est limité par rapport au bien. Le mal ne peut pas créer; il peut seulement déformer ce qui auparavant a été créé parfaitement.
Quelle est la solution?
Un usage responsable du libre arbitre, par des gens comme Frodon, qui choisissent d’utiliser « la force, le cœur et l’esprit » qu’ils ont.
La pitiéest aussi puissante pour combattre le mal. La pitié, plusieurs fois octroyée à Gollum, finit par être très importante (si tu n’as pas fini de lire les séries, tu peux la retrouver dans les textes!). La bonté que Gollum reçoit de Frodon se termine presque par une « conversion » des personnages. En effet, Gollum démontre de l’affection envers Frodon pendant un moment, jusqu’à ce que la suspicion de Sam ne vienne l’interrompre.
La pitié semble être une vertu faible, mais paradoxalement, dans Le Seigneur des anneaux, on voit qu’il y a une force dans la faiblesse. Les Hobbits sont littéralement les « moindres » de toutes les créatures, mais ils sont ceux qui sont choisis pour lutter contre des forces puissantes.
C’est exactement le type de logique que Sauron ne comprend pas parce qu’il ne peut pas concevoir que quelqu’un puisse refuser d’exercer le pouvoir de l’anneau. Le poète W.H. Auden remarque que le mal est inférieur en terme d’imagination; le bien peut imaginer devenir mal, « mais le mal, choisi par défi, ne peut plus imaginer autre chose que lui-même. » C’est la faiblesse essentielle du mal.
Les actions vertueuses des individus ne sont cependant pas les seules forces contre le mal; il est fait allusion dans les séries qu’un plus grand pouvoir dirige La Communauté et la route de l’anneau.
Cette puissance désigne Frodon pour être le porteur de l’anneau et elle orchestre la destruction finale de l’anneau, dans ce que Tolkien appelle une « eucatastrophe », c’est à dire une bonne catastrophe. Ilúvatar dit à Melkor dans le Silmarillion qu’il « verra qu’aucun thème ne peut être joué s’il n’a pas sa plus profonde source en moi.»
Où allons-nous?
Vers une fin heureuse! Quand le mal sera détruit, toute la création sera restaurée dans une plus grande beauté. La défaite de Sauron n’est pas la défaite du mal, mais elle offre un avant-goût de la joie de la fin des temps. La démonstration de joie, audible dans les rires de Gandalf, est une joie qui sera partagée dans ce temps-là par tous.
Les réponses à ces questions conceptuelles de base qui sont données à la Terre du Milieu font écho aux réponses qu’un chrétien peut donner à ce monde.
Bowen conclut sa présentation en expliquant que Le Seigneur Des Anneaux est spirituel par nature, et que Tolkien lui-même y voyait « un travail fondamentalement religieux et catholique. » Tolkien a qualifié l’histoire chrétienne d’histoire féerique dans laquelle sont inclues toutes les autres histoires. Et il dit que cette histoire est entré dans l’Histoire avec un grand H.
Bowen explique que les thèmes de force dans la faiblesse, de pitié, d’utilisation sage de son libre arbitre, et de changement du mal en bien sont des thèmes que l’on retrouve dans la vie de Jésus et dans la nature de la religion chrétienne.
Traduit avec permission par Aurélien Hathout. Tiré des Archives de The Crown. Droits de l’auteur © 2002 The Crown
Voir aussi:
- Plus d’info au sujet de l’auteur, Tolkien.